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Mohamed El Hayani
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Discographie de Mohamed El Hayani
Biographie de Mohamed El Hayani
Mohamed El
Hayani est né à Casablanca en 1945. Sa passion pour la chant
l’a mené à Rabat où il intègre la chorale de la radio
nationale, encouragé par le doyen de la chanson marocaine,
Abdelkader Rachdi. El Hayani a enregistré sa première chanson
"Ya Oulidi" à la fin des années soixante avant de
marquer les esprits avec "Rahila", chanson mythique
composée par feu Abdessalam Amer.
Cette chanson et d’autres chefs-d’œuvre ont traversé le
temps, faisant de lui un grand, toujours vivant dans les cœurs
des mélomanes qui fredonnent encore "Bard ou skhoun",
"Ghabou lhbab", "Imta tghanni ya galbi",
"Qissat Alachwaq"... Les fans d’El Hayani se
souviennent aussi de son premier essai dans le cinéma en 1982.
"Les larmes du regret" du réalisateur Hassan El Moufti,
aux côtés de Hammadi Ammour et Habiba Medkouri, a été un grand
succès populaire.
Le rossignol du Maroc, notre Abdelhalim Hafez national, comme
aimait le surnom le Roi Hassan II, avait visité l’Egypte pour découvrir
la vie artistique du pays du Nil. Il a également chanté en
Tunisie et en Algérie, où il est une idole pour les amateurs de
la musique arabe authentique.
Ses amis parlent de lui en évoquant sa fierté, sa bonté et son
élégance. Mohamed El Hayani ne pensait jamais au bénéfice et
n’a jamais considéré l’art comme un commerce. Et son
attachement à sa famille n’a d’égal que son respect pour son
public. Dans ce nouveau numéro de "Nostalgia", vous
allez découvrir El Hayani l’artiste, l’homme, le bon père et
fils, et vous allez réécouter quelques extraits d’une voix
qu’on n’oublie pas.
Ce précurseur de la chanson moderne nous a quittés jeudi 24
octobre 1996, à l’âge de 50 ans.
Album 2007 Mp3bard ou skoune
moustahil
rahila
anti liya
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Biographie de Mohamed El Hayani
D’où était-il originaire?
El Hayani, de son vrai nom Si Mohamed LAHYANI - Qu'Allah ait son âme en sa miséricorde - né à Casablanca en 1943 et décédé le 23 Octobre 1996 à l’Hôpital Ibnou Sinaa à Rabat, avait un père prolétaire loyal, docile, illettré, indulgent et très pieux. Sa mère, encore vivante, est une femme d'intérieur, conciliante, dominante et attentive, et aussi méfiante et farouche.Feu Si Mohamed El Hayani était donc le produit d’un couple ordinaire et modeste où rien ne lui permettait de recevoir ce qu’il avait donné, sa vie durant. Dans ce milieu naturel, nulle chose ne laissait présager qu'on pouvait y acquérir ce qui conduisait à devenir un homme public.Ses parents, descendants d'une famille Charkaouya qui avait quitté, il y a plusieurs générations Boujad, se déplaçant au gré des événements jusqu'à traverser l'Atlas, pour enfin s'implanter dans une oasis appelée Skoura, avaient, dans les années vingt et trente, fait le chemin inverse pour venir s’installer à Casablanca.La tribu de Skoura des Ahl El Ouest est située entre Ouarzazate, la ville du cinéma et Kalaât M'gouna, connue pour son Moussem des roses. Le Dchar natal des parents du défunt, Douar Ait Ben Cherki, où des ruines témoignent de la grandeur des anciens, est un hameau d'habitations en dur, dépendant de la Machyakhat Amazzaourou, fraction Lahyaina, d'où le nom patronymique LAHYANI
Un chanteur d’une trempe exceptionnelle
Depuis son lancement, Si Mohamed El Hayani avait multiplié succès après succès. Il a été tout le temps classé parmi les premiers chanteurs au Maroc. Il avait toutefois marqué son parcours que l'on ne peut qualifier ni de carrière ni de métier par des sorties fracassantes.
On le sait, au Maroc, la chanson est une chose abstraite qui ne donne lieu qu'au paiement d'une somme d'argent, sous forme de cachet ou de forfait, ne conférant aucun droit de propriété au chanteur qui peut, en plus, être dédoublé. C'est-à-dire que n'importe qui a toute latitude d'enregistrer ce qu’il a interprété, de son vivant ou après sa mort, avec seulement l'autorisation du détenteur de droit d'auteur, en l'occurrence le parolier, le compositeur ou le producteur.En marquant son dernier retour dans l'espace artistique, le 2 décembre 1991, après une retraite forcée, lors d'une soirée organisée avec un éclat au Royal Mansour à Casablanca, il s’était définitivement imposé par une renaissance mélodique triomphale.Il avait une enfance normale
De sa petite enfance à l’âge où il s’était pris en charge, les siens remarquaient chez Si Mohamed, d'un physique charmant, son calme, sa manière de soigner son look et son attitude à se satisfaire de peu ; il se coupait bien les cheveux, et à longueur de journée, il se lavait et s'habillait au mieux qu'il pouvait, sans user du tapage, comme le faisait son frère aîné, pour réclamer des vêtements neufs à l'occasion des fêtes.Il avait grandi dans une famille où on mangeait à sa faim, tenu au chaud; ce n'était pas la fortune ou la misère, juste le nécessaire pour vivre décemment. Durant son enfance, et, par la suite, son adolescence, il s'affirmait dans cette ligne de désintéressent et d’indifférence. La facilité et la négligence constituaient sa préférence. Devant des situations délicates ou complexes, il optait pour l'abandon ou la résignation.Ingratitude
Au fur et à mesure que Si Mohamed El Hayani fréquentait les hautes sphères, et à force de côtoyer des gens de grandes familles, la belle vie, le confort et les décors attrayants l’attiraient, forgeant en lui le goût du luxe. Ce point faible a été exploité par ses détracteurs pour le saper, sans vraiment atteindre sa célébrité, toute réussite suscitant automatiquement des jalousies et des convoitises, cela étant évident.D'un caractère étranger au milieu professionnel où il évoluait, il subissait coup après coup, avec fureur et sans pitié, et cumulait intérieurement les effets néfastes de ces frictions, sans aucun moyen efficace d’amortir ces chocs; il ne s'en inquiétait même pas, mais il en était stressé jusqu'au bout.Une quinzaine d'années avant sa mort, il s’était bêtement tombé dans un piège que ses ennemis lui avaient soigneusement tendu ; sciemment préparé, ce gouffre était catastrophique pour le restant de sa vie. Sans le savoir, il s'est jeté dans la gueule du loup, sous l'emprise d'un amour trompeur et nuisible ; il résistait de toutes ses forces, dans le chagrin et en silence.Le fait que la profession ne lui ait pas rendu un hommage posthume, après sa mort, est une certitude de cet acharnement.
Les secrets de la gloire
Lorsqu'on avait découvert que sa voix était un don divin, il ne faisait rien pour se faire valoir : au lieu de brûler les étapes pour se lancer, il attendait patiemment les choses venir vers lui, n’exprimant aucune ambition, et ne manifestant pas de prétention. Il s’était toujours contenté de son rôle de chanteur, ne cherchant pas de cumul.Il allait doucement mais sûrement; avec l’avènement du petit écran, sa gloire le surprit. Personne ne pouvait plus nier sa célébrité en tant que chanteur.Il n'a jamais été le genre à guetter les occasions ou à en profiter à fond, lorsqu'elles se présentaient spontanément. Il n'était pas, non plus, animé de l'esprit d'assisté ; la sauvegarde de sa dignité l’empêchait de courtiser les gens.Parcours
Il n'est pas aisé de retracer le parcours de feu Si Mohamed El Hayani, tellement son oeuvre artistique était abondamment diversifiée et progressivement dispersée, de sorte qu'il s'était distingué, dans le domaine de la chanson, par un accomplissement persévérant, mais sans précipitation, aucune ; la description par étapes de sa carrière semble mieux convenir pour présenter son itinéraire.
Ainsi, il a débuté dans le métier, après un bref passage au conservatoire municipal de Casablanca, par l'interprétation de sa première chanson en compagnie de l'orchestre de la Radio de cette agglomération, métropole d'où il était natif. Auparavant, et depuis sa petite enfance, il avait découvert sa vocation, en chantant passionnément Mohamed Abdelwahab et Abdelhalim Hafed ; il s'était avéré que sa voix était un don divin ; un professeur avait indiqué d'ailleurs qu'elle n'avait nullement besoin d'être travaillée. C'était un atout formidable pour son avenir Le déclenchement de sa carrière s'était produit lorsque, en 1961, l' avènement de la boite magique, qu'est la télévision, aidant, Si Hamid Benbrahim avait cru en lui ; il faisait alors partie de la chorale de l'orchestre national. Des coups de pouce de Si A.T. El Alj & Si A.Chenguiti n'étaient pas suffisamment énergiques pour un vrai décollage ; il ne restait pas moins que ces différentes tentatives constituaient la première étape du
début de carrière de Si Mohamed El Hayani.
Son départ à l'improviste pour le Caire, une fois lancé son cri d'alarme, avait pris une tournure dans sa vie d'artiste montant et prometteur. Il était parti rencontrer les grands et en côtoyer les meilleurs, voulant entrer par la grande porte dans la profession. Ce fut pour lui une élévation d'esprit et un enchérissement indéniable pour avoir beaucoup plus de confiance en lui. Il avait regagné la patrie, la tête haute, armé d'une bonne dose de réalisme pour embrasser de vrai son métier de chanteur ; cette seconde étape, sans bruit ni tapage, le mit en bonne disposition pour se mettre au service de la musique.
Grâce à sa collaboration avec les grands compositeurs et chefs d'orchestre, en l'occurrence, feu Si Abdeslam Amer et Si Abdelkader Rachdi, ainsi que sa coopération avec Si Abdelati Amenna, Si Abdelkader Ouhbi ou Si Abdellah Issami, le point de départ de sa carrière était définitivement marqué. En un laps de temps, il devint à la fois confirmé et renommé, sa célébrité ayant pris des coups d'accélérateur. Il décida alors d'entreprendre sa première tournée à l'étranger, portant son choix sur le pays voisin où il avait émerveillé le public algérien, par ses passages à la télévision et les nombreuses soirées publiques organisées ici et là. C'était pour l'examen de passage pour démontrer sa maîtrise dans le domaine de la chanson, en tant qu 'interprète artistement apprécié et hautement valorosé.
Entamant l'étape suivante, au retour, il forma un trio avec le parolier Si Ali Haddani et le compositeur Si Hassan Kadmiri ; il en résulta des succès répétitifs qui se suivaient et ne s'arrêtaient pas : un travail bien
sélectionné et raffiné. Ce fut le disque platine, puis le disque d'or, la décoration par le Président Bourgiba, et un début au cinéma, suivi de sa consécration meilleur chanteur de l'année : un événement capital pour sa
vie. Il en devint une star parmi les quelques noms qui occupaient une bonne place dans le milieu professionnel, sans un statut défini, certes.
Vint ensuite une période sombre où il s'était complètement retiré du champ pour donner libre cours aux autres, à la grande surprise de ses nombreux admirateurs qui jugeaient incompréhensive cette absence totale de la scène. Il s'était isolé pour procéder à un examen de conscience, en analysant son bilan et en en évaluant les côtés positifs et négatifs ; durant plusieurs mois, il ne faisait que méditer, allant jusqu'à intriguer ses concurrents ; il en était heureusement sorti en se ressaisissant lui-même pour se lancer à
nouveau.
Le dernier épisode de sa vie artistique, en reprenant son travail, avait révélé son couronnement, puisque il devint le chanteur le plus populaire par son style ; l'encouragement de son public qu'il charmait à tous les coups,
était tellement remarquable que son lien avec l'art devenait irréversiblement solide. C'était le moment fort où il avait atteint sa gloire, de sorte qu'il ne vivait plus que pour la chanson, surtout en
luthiste. Il acquit la qualité de superstar bien aimée. Sa notoriété l'incitait à entamer de grandes tournées dans le monde arabe, en Europe et en Amérique. L'honneur d'être apprécié à sa juste valeur dans les soirées mondaines de la haute sphère concrétisa son succès. Toutefois, cette grande période a été entrecoupée par sa maladie, accompagnée d'un talonnement qui lui causait énormément de problèmes. Il en avait grandement souffert.
Toujours est-il qu'il était parti en laissant un répertoire de 34 chansons de meilleurs choix et de bon goût, presque toutes très agréables à écouter.
A Dieu l'Artiste.
Discographie de Mohamed El Hayani
Bared Ou Skhoune
La Smaha Ya Hawa
Moustahil
Rahila
Ya Sidi Ana Hour
Mohamed Al Hayani
Mohamed
El Hayani, la voix intemporelle
Trente-quatre
chansons, un disque de platine, un autre d'or, la distinction de
meilleur chanteur de l'année 1972, une pluie de lauriers,
Mohamed El Hayani est un des plus beaux fleurons de la chanson
marocaine. Portrait d'un chanteur ténébreux qui illuminait les
scènes.
Dans le ciel étoilé de la chanson marocaine Mohamed El Hayani
occupe une place privilégiée, pas seulement pour sa virtuosité
vocale, mais aussi en raison de son comportement, qui tranchait
avec celui de ses pairs, imbus de leur notoriété. Dix ans après
sa mort, les Marocains continuent de lui vouer une tendresse
immense. Il suffit d'évoquer son nom devant des personnes pour
que celles-ci, ne lésinant pas sur les superlatifs, en fassent
le panégyrique. Son incurable modestie en aurait rudement
souffert si elle se voyait ainsi dévoilée. Plus qu'une simple
modestie, une humilité confondante, presque incongrue dans un
microcosme où la dilatation de l'égo, l'épate et l'esbroufe
forment des principes directeurs.
Beaucoup, abusés par son patronyme, pensaient que ses origines
étaient fassies, ce qui était et demeure toujours, valorisant,
sinon gratifiant. Il se faisait un plaisir de rectifier cette
inexactitude. Comme son vrai nom, Lahyani, l'indique, ses
parents sont issus de la tribu des Lahyaïna, à quelques
encablures de Skoura, entre Ouarzazate et Kalaât M'gouna. Ils
venaient de Boujaâd, que leurs parents avaient désertée à
cause de la sécheresse. Chassés par la misère, les Lahyani se
transplantèrent à Casablanca. L'eldorado promis se révéla un
enfer pavé de galères. Le chef de famille s'abîmait dans le désespoir,
quand, incrédule, il s'entendit proposer un poste de gardien de
la cartonnerie de la Route de Médiouna.
En échange de sa vigilance, un toit miteux et un salaire de misère.
Les Lahyani vivotaient. Ce qui ne les empêchait pas de faire
des enfants. Une fille, puis un garçon, et un deuxième, en
1943, qu'on prénomma Mohamed. Le futur mastodonte de la chanson
marocaine était souffreteux, triste et peu causant. L'école ne
le fit pas se départir de sa nature morose. Il n'y affichait
pas un enthousiasme débordant. Visiblement fâché avec le
moule enseignant, il passait son temps à rêvasser, tel l'écolier
de Jacques Prévert, jaloux de la liberté dont jouissent les
oiseaux. Mais, volant d'échec en échec, l'enfant El Hayani se
forgeait un avenir peu riant.
Abdelaziz, cadet de Mohamed, raconte que leur sœur aînée,
craignant pour lui qu'il n'empruntât un jour des chemins de
traverse, décida de le prendre en charge. Elle l'installa dans
sa maison, à Rabat, et l'inscrivit, à ses frais, dans un
respectable établissement scolaire. Sans un effet heureux.
Mohamed n'avait pas la bosse des études. Il ne cessait de
tambouriner sur son pupitre, tout en fredonnant, en silence, des
airs de Mohamed Abdelwahab, son idole. Ses enseignants avaient
beau user d'arguments frappants, ils ne parvinrent pas à le
remettre sur le droit chemin.
Son maître de musique, en revanche, était ravi d'avoir sous sa
baguette un élève aussi appliqué. Quelques années plus tard,
Mohamed El Hayani accéda avec joie au Conservatoire municipal
de Rabat. Il n'ignorait rien des secrets du solfège, possédait
un joli brin de voix et laissait entrevoir un talent certain. Il
y passa cinq années, probablement les plus belles de sa vie,
pendant lesquelles il affina son don du chant.
En 1966, insatisfait malgré son premier succès, il part au
Caire pour s’y perfectionner
A sa sortie du conservatoire, il fut engagé, sans peine, dans
la chorale de l'Orchestre national. Il s'y distinguait tant et
si bien que Hamid Benbrahim lui écrivit la musique d'une tendre
chanson, Ya wlidi laâziz. C'était en 1966. La chanson plut.
Une belle carrière s'annonçait. A la surprise générale,
Mohamed El Hayani en suspendit le cours, en mettant les voiles
vers les rivages égyptiens. Perfectionniste jusqu’à la névrose,
il considérait que son heure n’était pas encore venue, et
qu’il fallait se frotter aux grands pour approfondir sa
vocation. Au Caire, il conquit les cœurs des maîtres par sa
douceur et sa rage d’apprendre. Pour s’offrir le gîte et le
couvert, il se produisait dans les cabarets de la capitale, où
il chantait remarquablement Mohamed Abdelwahab et Abdelhalim
Hafez. Deux ans plus tard, se sentant fin prêt pour
l’aventure musicale, il regagna le sol natal. Mohamed El
Hayani
A l’époque, le compositeur Abdessalam Amer, qui possédait un
«son» à lui, inaltérable, et l’interprète Abdelhadi
Belkhayat, à la voix infiniment modulable, formaient un duo
brillantissime. Mais au moment où le premier songeait à
composer pour le second la chanson Rahila, celui-ci se débina.
Il ne tolérait plus la tutelle du sublime aveugle et entendait
voler de ses propres ailes. Abdessalam Amer, ulcéré par cette
«félonie», se tourna alors vers Mohamed El Hayani. Deux ans
après, le public découvrit, avec émerveillement, une perle de
la meilleure eau, fruit de l’un des plus beaux ménages à
trois, auteur (Abderrafie Jouahri), compositeur (Abdessalam
Amer), chanteur (Mohamed El Hayani). Elle était là et le
bonheur allait tellement de soi. Puis elle est partie, et l’on
est resté planté, muet, paralysé de chagrin devant celle qui
avait plié bagage. Il n’y pas de hasard, les ruptures font
partie du jeu de l’amour. Combien de fois Rahila, cette
complainte éternelle au motif doux-amer, s’est-elle enfoncée
tel un poignard, remuant, non sans complaisance, une douleur
devenue, par la grâce de quelques mots, romantique. Jamais El
Hayani n'aurait rêvé de meilleur départ. Il avait mis son
sang, ses tripes, sa sueur et aussi ses larmes dans Rahila. Il
fit une pause, qui prit la forme d'une bluette légère mais non
inconsistante : Bared ou skhoun ya hawa. Triomphe.
Le chanteur à voix atteignit les sommets. Paroliers et
compositeurs se le disputaient : Ahmed Tayeb El Alj, Ahmed
Chenguiti, Abdessalam Amir, Abdelkader Rachidi, Abdelkader Ouhbi,
Abdellah Issami, Ali Haddani, Hassan Kadmiri... Excusez du peu !
Avec leur concours, Mohamed El Hayani enchaînait les succès.
Pourtant, il ne trouvait pas grâce aux yeux de ses pairs, qui
le tenaient pour quantité négligeable, juste bon à faire
patienter le public avant qu'ils ne fissent leur apparition sur
scène. Le chanteur en ressentait une amertume infinie. Mais,
timide, ainsi que le décrit son fidèle ami, Larbi Sbaï, il ne
se révoltait jamais. Et, profitant de cette aubaine,
producteurs, managers et compagnons de tournée le volaient
effrontément. Mohamed El Hayani
Royale consolation, il était le chanteur marocain préféré du
Roi Hassan II, auprès duquel il jouissait d'une affection
manifeste. Le Souverain aimait bien confronter El Hayani avec
Hafez dans des joutes musicales ! Le vainqueur avait droit à
des cadeaux somptueux. Abdelaziz El Hayani conserve
religieusement un costume élégant offert par le Roi à son frère.
Larbi Sbaï raconte que, sortant du Palais royal au lever du
soleil, El Hayani se fit renverser par un taxi collectif qu'il
tentait d'intercepter. Plus de peur que de mal, mais on le
transporta à l'infirmerie. Mis au courant de sa mésaventure,
le Roi Hassan II s'étonna qu'un chanteur de cet acabit ne possédât
pas de voiture. Quelque temps après, il lui fit don d'une
Triumph verte. Mohamed El Hayani
Malgré sa gloire ascendante, El Hayani ne se défait jamais de
son humilité, encore moins de son élégante mélancolie.
L'homme n'était pas doué pour le bonheur. Ses fêlures, ses
blessures, son insondable désespérance se devinaient dans sa
manière de chanter. Il était un chanteur épidermique, qui ne
demandait qu'à aimer à mort pour peu qu'il découvrit l'âme sœur.
Mais ce que la vie donne d'une main, elle le reprend de l'autre.
Il avait la célébrité, il n'eut pas sa part d'amour. Alors il
se laissa mourir des suites d'une bénigne maladie du côlon.
C’était le 23 octobre 1996. Il s’est éteint en laissant un
répertoire impressionnant et un palmarès plus qu’honorable :
trente-quatre chansons, un disque de platine, un autre d'or, une
distinction de meilleur chanteur de l'année 1972, une pluie de
lauriers. Mohamed El Hayani
Avant de rendre l'âme, il trouva la force d'écrire sur un
papier «Merci !». On ne saura jamais à qui il avait adressé
ce message. Aurait-il oublié qu'une branche d'arbre ne se sépare
jamais de son ombre, comme il le chantait dans Rahila ? Il était
la branche, nous étions son ombre.
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